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blog du sculpteur Stéphane Gantelet

fichier/papier/film

87--------La chûte d'Icare----------------------------------------------------

Publié le 16 Novembre 2011 par Stéphane Gantelet

Balade au musée Fabre à Montpellier puis, au détour d'une galerie, un petit couloir avec un marbre blanc classique d'un Icare au sol, allongé sur le dos, sur ces ailes pour être précis, la bouche ouverte. Il est tombé et ne se relèvera plus. Ce qui m'a frappé c'est le côté mousseux de sa peau. En effet, ce vieux marbre est devenu poreux avec le temps et au lieu de me retrouver à regarder une surface polie réfléchissante et tendue qui ne laisse pas passer le regard au delà de la surface, le marbre m'est apparu comme grumeleux et translucide. Une sensation extrême de peau ayant quasi la chair de poule m'est remontée par tous les membres au point de me faire trembler. L'espace d'un instant j'ai senti cet Icare vibrant donc vivant.

J'ai dégainé mon bloc et je l'ai croqué. J'aime bien la chair fraîche.

icare.psd

 

 

 

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86--------------comprendre----------------------------------------------------

Publié le 6 Novembre 2011 par Stéphane Gantelet

 

 

J'aimerai comprendre pourquoi je lis avec tant de plaisir aujourd'hui ce que je ne pouvais lire il y a 20 ans.    

 Cette question agit comme un calque : elle se superpose à mon présent, mon passé et mon futur, elle se superpose à mon parcours personnel dans le domaine artistique. A la manière d'une gélatine colorée elle en change le sens et la lecture. Pour être plus précis je parle du livre "Passages" de Rosalind Krauss qui présente une histoire de la sculpture contemporaine de Rodin à Smithson. Il s'agit d'un contemporain qui a 40 ans d'âge et d'un livre qui dormait depuis plus de 20 ans dans ma bibliothèque. Quand je l'ai ouvert, j'ai découvert dedans un mot d'un couple d'amis désormais séparés qui me disaient combien cette lecture aurait d'intérêt pour moi. A l'époque je l'avais ouvert et tenté de le lire mais tout m'était étranger. Je l'ai souvent dit dans ce blog que j'ai fait de la fonderie durant mes 15 premières années de sculpteur. Et c'est comme si la matière dominait ma vie, que le creuset se vidait en moi et que cette matière en fusion circulait comme de l'eau s'engouffrant par tous les canaux, les veines, les organes et finalement l'esprit pour me remplir. Et puis j'ai commencé à investir l'espace digital de l'image. Et les ramifications tentaculaires des algorithmes ont stimulé une vision plus dématérialisée de la matière. Une matière plus mentale en somme dont les atomes sont des points de rencontre entre strates d'écritures abstraites de programmes et vision fantasmée d'une organisation démentielle. Quelque chose entre magie et calcul. Cette perception a été le point d'entrée de mon ouverture à l'art contemporain.

 

 

 

En l'absence de formation à l'art je peux dire que le plan de mon écran créant des images mobiles en volume illusionniste a ouvert le champ des questions et ébranlé avec délice les certitudes que la manipulation de la matière me procurait. Les questions appellent des réponses et, avec le temps, l'exercice des questions fait son oeuvre. Un plaisir évident à déplier une question en de multiples ramifications, à les connecter entre elles, créant ainsi un réseau qui s'immisce dans les organes et les veines que le bronze occupait jusqu'à les déborder. En dépassant le cadre de mon enveloppe physique, dans la question même de sa frontière avec le monde, j'accède à la compréhension de cette histoire de l'art contemporain. L'immense étendue en mouvement perpétuel de la pensée ébranle jusqu'à l'atome mes certitudes sur la matière pour l'ouvrir au monde et la soumettre à la question. Les sculptures de Tony Smith, Anthony Caro et les coulées de plomb de Serra sont ces questions illisibles hier. Un redoutable laboratoire d'essais nucléaires dont les radiations et les ondes de choc se propagent de pli en pli avec bonheur et jettent une constellation d'interrogations sur ma production du moment.

 

                                                                                                    

Le photographe Erenst Puerta suit l'évolution de la cathédrale et porte dessus un regard attentif et trés personnel. Cette fois ci il à souhaité tirer parti du jour déclinant et capturer parfois un geste. C'est toujours grace à lui qu'on peu voir quelque chose d'intéréssant dans les colonnes de ce blog qui, du coup, est devenu un peu le sien.

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