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blog du sculpteur Stéphane Gantelet

fichier/papier/film

26---------------------le pli et la peau-----------------------------------------

Publié le 12 Juin 2009 par Stéphane Gantelet

 

 

 

 

Une sculpture « parle » ou non à celui qui la regarde. Il ne m’appartient pas de dire pourquoi il se passe ou non quelque chose dans son regard.

 

Ainsi, poursuivant l’idée de vous entretenir de mes sculptures en touchant au plus profond de la nature de leur matériau et sans parler des formes proprement dites, je vais d’abord vous parler du bois et plus particulièrement de l’arbre dont il est issu.

 

L’arbre croît en fabriquant du bois qu’il produit durant le cycle complet d’une année. Cette section est sa structure. La trace du temps sur l’arbre est matérialisée par la superposition de ces sections de bois fabriqué. Une par année. L’arbre crée donc une structure de bois en même temps qu’une écorce, une peau, pour protéger sa surface. La structure et la peau de l’arbre sont de même nature et issue d’un même processus de croissance.

 


Lorsque j’utilise du papier pour créer un volume, que je le plie à cet effet, à l’image de l’arbre, la structure de mon volume est de la même nature que sa surface. Ce qui le structure c’est le pli. Mais le pli n’est qu’un état du papier. Le pli, en effet, crée une zone de faiblesse dans le papier qui va répartir la feuille de papier de part et d’autre de la ligne de pliage. Déjà le papier n’est plus un simple plan mais, au minimum, deux plans dans l’espace. Le pli crée une zone de faiblesse dans le papier qui devient une charnière entre ces deux plans. Ainsi, la zone la plus fragile du papier (le pli) devient une force de tension lors du déploiement du papier dans l’espace. En d’autres termes, le pli structure mon volume par faiblesse. Mais comment mon papier passe-t-il d’un à plusieurs plans ?

 


L’homogénéité du matériau apporte une réponse sous forme de peau. En effet, si j’écrase fortement avec l’ongle le pli, la surface du papier avant et après ce pli va marquer une forte inflexion vers le bas. La force de pression reste imprimée dans le pli et conditionne donc l’habillage du volume jusqu’au pli suivant. De même lorsque je manipule mon papier pour l’amener vers une forme dont les contours se dessinent en même temps que je manipule, j’ajoute ou réduis les tensions. Elles sont lisibles sur la surface du papier. La lecture de ces tensions se fait en termes de valeurs de gris, de clair à obscur. C’est le fameux clair/obscur. C’est dans cet entre-deux plis et par le clair/obscur que la surface du papier permet de lire et d’atteindre à l’intimité du volume. A la manière de la peau entre deux articulations, le papier est plus ou moins concave ou convexe, froissé ou tendu et révèle de la sorte quelles tensions sont à l’origine de sa forme et les stigmates du temps.


De la même manière, le papier est altérable et le volume obtenu, par la variété de ses inflexions de surface, atteste de sa fragilité. Pourtant, grâce à la technique de la cire perdue il devient pérenne, inaltérable solide et lourd en se transformant en bronze. Le bronze capte la lumière à son tour et augmente la lecture du volume d’une immense variété de nuances visuelles dont le papier est dépourvu : réflexions, réfractions, reflets spéculaires, anisotropie, etc.…Le jeu du clair obscur est, dès lors, démultiplié et d’une richesse infinie pour peu que la lumière qui se pose dessus varie.

 

 Ainsi, chacune de mes sculptures en bronze parle d’abord d’elle-même, de la nature des matériaux avec lesquels en acquérant un volume elle déroule l’histoire de sa genèse. Elle raconte sa propre histoire.

 

 

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