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blog du sculpteur Stéphane Gantelet

fichier/papier/film

176 - Ecrire plutôt que coder -------------------------------------

Publié le 12 Janvier 2016 par Stéphane Gantelet

" NidOs 1" brindilles, résine, bois. Pièce unique.

" NidOs 1" brindilles, résine, bois. Pièce unique.

2 ans que je code tout les jours pour un projet de jeu vidéo littéraire. De l'écrit ? On en discute une autre fois si vous voulez bien car j'ai trop besoin d'écrire. J'ai répondu à la question on dirait...

“What ? No, one café and two cakes “

“Franchement j'ai bien aimé Soulages”

“Este edificio a la derecha es el Panthéon”

D’ici je les entends bien. Quand je dis que je les entends bien je veux surtout dire que je les entends plus. Leurs commentaires sont incessants. Ils se relaient de 9h à 19h mais ma position est confortable. Leur langue n'est pas forcément la mienne mais. Ma langue à moi c'est celle des constructeurs, ceux qui m'ont fait, celle de l'architecte d'abord qui n’est pas d'ici de toute manière, celle des maçons, des électriciens, des plombiers, des climatiseurs, des découvreurs, des assistants, des apprentis, des curieux, ma langue à moi elle accumule pas grand-chose, elle est pas à mon image. C'est bien un empilement de savoir, de compétence, une articulation de briques élémentaires coordonnées, reliées, distribuées par des règles, des temps, une orthographe, un truc complexe finalement, mais qui tient debout, qui forme un tout, dessiné et voulu et qui dans le meilleur des cas procède d'une vision, d'un désir. Pour monter jusque là fallait bien tout ça. D’ailleurs ça force le respect, on se prend le bâtiment en pleine poire quand on regarde d'en bas. Les touristes ont la berlue la première fois. J’en vois qui garde la bouche ouverte un bon moment. Leur étonnement dans la durée en dit long sur les questions qu'ils se posent. j'ai pas tout lâché en plaçant ma conscience au dernier étage à côté du resto, pour placer mon regard à 360 degrés au-dessus des toits. Je les observe aussi, en bas, qui me renvoient ma propre image entre usine et musée. J'aime assez ça. Mais si je suis en haut c’est pour ouvrir. Ici je peux. Ici je peux m'ouvrir. Ici je peux échapper. Je ne veux pas partir, c'est pas ça. je suis bien ici. "I climb here every time I'm in Paris". La question n'est pas le lieu. Ni le temps. "On est venu le 13 mars pour le vernissage de l'exposition de Céleste. Le ciel était incroyable. La bouffe était pas terrible mais, franchement, ici c'est secondaire". La question c'est l'espace. Quand il est ouvert de partout il rentre en toi. Ici il me pénètre par les boyaux, les escalators, les cheminées blanche et bleu, les vitres surtout. Et puis tu vois les pigeons voler. Ils se posent sur moi, s'éloigne traçant des splines toujours neuves avant de revenir. Ce double flux, c'est moi, à force. Je veux dire que je ne me limite plus. Je veux leur dire, mais je sens que ce n'est pas nécessaire, que ma langue c'est un peu la leur. Aussi quand ils montent ici je veux leur dire quand même, pour que ce soit clair, qu'il y ait pas d'ambiguïtés entre nous, que ce que je suis, que mes limites ne sont pas ce qu'ils voient. Compression-décompression. "Putain il fait un de ces vent". "It’s freezing cold over there". Ouverture des sas, aération du mortier, les boulons se dilatent un peu et ça fait du bien. C'est ça que j'aime et je suis pas le seul. Regardez ce jeune couple de chinois : ils disent plus rien, juste ils regardent. Tu sens que le temps à cet instant n'a pas de prise sur eux. La question c'est de rendre l'instant éternel, de le faire durer, de tuer le temps en quelque sorte. Ici j'ai appris à manger l'espace, à me nourrir du vertige pour dilater le temps. “Devine où je suis?” ma langue “Hé Françoise viens voir, y a Montmartre" est devenue un courant “délire quel chantier” d'air.

Texte produit durant un atelier d'écriture animé par Juliette Mezenc à l'atelier d'écriture du Lavaudan.

" MachineNid " brindilles, résine. Pièce unique.

" MachineNid " brindilles, résine. Pièce unique.

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